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Eugène Chigot : sa vie

 

     Eugène Chigot est né à Valenciennes en 1860. Alphonse Chigot, son père, peintre militaire, fut son premier Maître, tout en tentant de le dissuader d’entrer dans cette carrière artistique. Mais Eugène Chigot, dès son plus jeune âge, était certain que sa vocation était de devenir artiste. Il travaillait dans l’atelier paternel un jour de 1879 où Roll, passant à Valenciennes pour les nécessités de son art, rendit visite à Alphonse Chigot. Il fut frappé par la nature morte que peignait son fils. Il finit, non sans mal, à le convaincre d’envoyer son fils à Paris. C’est ainsi qu’Eugène Chigot entra à l’Ecole des Beaux-Arts en 1880 dans l’atelier de Cabanel. Il fréquenta aussi les ateliers de Vayson et Bonnat.

 

     A la sortie de l’Ecole des Beaux-Arts, Eugène Chigot passa de nombreuses années à Etaples, puis successivement quelques années au Touquet, Dunkerque puis Petit-Fort-Philippe. Enfin en 1908, il s’installe définitivement dans son atelier de Paris, 9 rue de Bagneux.

 

     A Etaples, où il retrouve son ami d’enfance, Henri Le Sidaner, avec lequel il anima ce que l’on appela « l’Ecole d’Etaples » au nombre de laquelle on trouvait les français Henri et Marie Duhem, les norvégiens Fritz Thaulow et Graf, les américains Bohn, Couse, Tanner, l’anglais Hankey les australiens Bunny, Rae et Rix. Ils vivaient sur eux-mêmes, loin de l’Académisme officiel dont ils s’efforçaient de se libérer, et des chapelles réformatrices. Ils surent garder, et Eugène Chigot en est un des meilleurs exemples, une individualité marquée. Un peu plus tard, il n’hésita pas à mettre dans quelques unes de ses toiles quelques accents de fauvisme.

 

     Fidèle à la Côte d’Opale, à ses lumières si particulières et changeantes, Eugène Chigot participait assidûment aux expositions de printemps des Artistes Français, et ne dénigrait pas les commandes officielles pour lesquelles il devait accepter de faire quelques concessions, alors que son talent le poussait davantage vers un post-impressionnisme à travers lequel il pouvait rendre le meilleur de lui-même.

     Vers 1900, il fait la connaissance de Frantz Jourdain, l’infatigable créateur et animateur du Salon d’Automne, avec lequel il lira une amitié indéfectible. En 1903, il exposa avec Bonnard, Gauguin, Guillaumin, Lebasque, Marquet, Matisse, Puvis de Chavannes, O. Redon, Renoir, Toulouse-lautrec, Villon. Désormais, il sera un des rares artistes à exposer aux deux salons. En 1923, ce salon d’Automne lui rendit hommage par une rétrospective.

 

     Au cours d’une partie de chasse dans les dunes de Petit-Fort-Philippe, en compagnie de Léon Bourgeois, Eugène Chigot abandonne son fusil et se met à dessiner le chenal de l’Aa. Il est séduit par la beauté des lieux, comme d’autres peintres le furent avant lui, Seurat et Derain notamment. Il achètera un coin de dunes, y fera monter un bâtiment préfabriqué, puis un véritable chalet qu’il habitera jusqu’en 1908 et où il reviendra fidèlement chaque été jusqu’en 1914.

 

9 rue de Bagneux à Paris, 1919.

Huile sur toile 160 x 123 signée Eugène Chigot. Exposition au Musée Galliera, octobre 1954, n° 104.

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      A Petit-Fort-Philippe sa peinture évolue sur le fond comme sur la forme. Il abandonne ses derniers relents de classicisme pour entrer résolument dans l’impressionnisme. Simultanément, il abandonne progressivement son unique thème d’inspiration : les charmes de la mer et ses colères, ses couchers de soleil, les gens de mer dont la rudesse et la simplicité le touchèrent. Il s’intéresse dorénavant aux paysages colorés et  fleuris dont il sait merveilleusement traduire la beauté. Comme le disait son fils Paul Chigot, « il est de plus en plus attiré par les arbres, les châteaux et leurs jardins : propriétés d’amateurs qui l’accueillent, châteaux célèbres : Versailles et ses eaux mortes, Compiègne, Azay-le-Rideau ; les eaux vives du Grand Morin et de la Sèvre Nantaise. »

       Comme souvent les peintres du Nord, il ressent l’appel du Midi, de la Méditerranée et de l’Italie, où les lumières éclatantes changent des cieux gris du Nord,  de la Belgique ou des Pays Bas. Il séjournera sur la Côte d’Azur des Martigues jusqu’à Menton en passant par Agay, Juan-les-Pins et Antibes. En Italie La Mortola et surtout Dolce Aqua le retiendront. Mais bien qu’il retourna plusieurs fois sous ces cieux ensoleillés, rapidement il trouva les verts-gris des oliviers monotones et éteints par un soleil écrasant. Il préféra retourner aux paysages gais et éclatants de l’Ile de France, de la Bretagne ou de la Normandie, où il pouvait laisser sa palette éclater en mille verts ou jaunes et décliner en roses  et blancs chatoyants les arbres fruitiers qu’il aimait tant.

 

     Puis la guerre 14-18 éclate. Sa famille est coupée en deux, sa fille est en zone occupée, le reste de la famille est à Paris. Son vieux père Alphonse Chigot, fidèle à Valenciennes, et n’ayant jamais cessé en bon patriote de peindre d’imaginaires déroutes allemandes, s’éteint à l’âge de 93 ans.  

 

     Eugène Chigot est trop vieux pour être mobilisé. Il se verra confier en 1917 des missions auprès des armées. Il réalisera de nombreuses toiles de Calais, Dunkerque, Coxyde et de Nieuport bombardés. Bouleversé de voir son cher pays ravagé, saccagé, il peindra des ruines, des prisonniers allemands, des blessés. Ce sera l’année des « Œuvres de guerres » et d’une téméraire exposition au théâtre de Calais sous les encouragements du Général Ditte.  

 

     Précocement vieilli, déprimé, il peint inlassablement son jardin de la rue de Bagneux. Il tentera bien de retrouver, mais vainement, de nouvelles inspirations à Honfleur qui l’enchanta.

 

     Si quelques-unes de ses toiles, notamment les grands formats, parfois des commandes officielles, sont présentes dans une vingtaine de Musée ou lieux publics, dans l’ensemble son œuvre est très dispersée, surtout en France, mais aussi en Angleterre, aux USA, en Belgique et en Suisse.

 
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Page mise à jour le 19 décembre  2007. http://www.asso-eug-chigot.org